Décryptage

Frais SCPI : Découvrez la Vérité sur les Rétrocessions et la Performance Réelle

Sous-titre : D’un marché en phase d’ajustement aux fonds evergreen, analyse indépendante pour investisseurs avertis

Par Claire Bourgeois, CIF indépendant, Alpha Conseils Co, Paris 17e

Mise à jour : mars 2026


Ce que le marché de 2025 et 2026 révèle vraiment

Le private equity a longtemps fonctionné selon une logique simple : lever des capitaux, acheter des entreprises à un multiple raisonnable, les développer, les céder à un multiple supérieur. Le cycle durait 8 à 10 ans, les distributions arrivaient ponctuellement, et les investisseurs institutionnels (fonds de pension, fondations, assureurs) ne se plaignaient pas.

Depuis 2022, ce modèle est soumis à des tensions structurelles qui changent durablement les règles du jeu. La hausse des taux d’intérêt a mis fin à l’ère des valorisations faciles. Le ralentissement des sorties (IPO, cessions industrielles) a bloqué les distributions. Et l’arrivée massive d’investisseurs particuliers dans des véhicules semi-liquides (les fonds evergreen) a posé une question que l’industrie avait jusqu’ici évitée : que se passe-t-il quand des actifs illiquides sont vendus avec une promesse de liquidité ?

La crise des véhicules de dette privée américains de début 2026 (Blue Owl, BlackRock, analysée en détail dans notre article consacré à la dette privée) en est la manifestation la plus visible. Mais le private equity navigue ses propres tensions. Les comprendre est indispensable avant d’y allouer du capital.

Cet article est une analyse indépendante, sans conflit d’intérêt lié à la distribution de produits.


1. Qu’est-ce que le private equity ?

Définition

Le private equity (capital-investissement en français) désigne des prises de participation au capital d’entreprises non cotées en Bourse. Un fonds de private equity lève des capitaux auprès d’investisseurs (les limited partners, ou LP), puis les déploie en achetant des parts ou la totalité d’entreprises cibles. L’objectif est de les développer activement, en améliorant leur gouvernance, leur croissance, leur rentabilité, avant de les céder avec une plus-value plusieurs années plus tard.

Contrairement à la dette privée (où l’investisseur est créancier et reçoit des intérêts réguliers), en private equity l’investisseur est actionnaire. Il ne perçoit rien pendant la durée de vie du fonds, et récupère son capital, augmenté ou non, uniquement à la sortie.

Les quatre grandes stratégies

Capital-risque (Venture Capital)

Investissement dans des entreprises en phase de démarrage ou de forte croissance, souvent dans la technologie ou les sciences du vivant. Risque maximal, potentiel de gain maximal. Les fonds de capital-risque acceptent que la majorité de leurs investissements ne rapportent rien, compensés par quelques succès exceptionnels.

Capital-développement (Growth Equity)

Investissement dans des entreprises rentables et en croissance, qui cherchent à accélérer leur développement sans passer par la Bourse. Moins risqué que le venture capital, mais valorisations souvent tendues.

Capital-transmission (Buyout / LBO)

Rachat d’une entreprise mature, souvent en totalité, avec une combinaison de fonds propres et de dette (d’où le terme LBO : Leveraged Buy-Out). C’est la stratégie dominante en volume. Le levier financier amplifie les rendements si tout va bien et les pertes si ça va mal. La baisse des taux des années 2010 a été un formidable accélérateur de cette stratégie. La remontée des taux depuis 2022 en a inversé l’effet.

Capital-retournement (Turnaround / Distressed)

Rachat d’entreprises en difficulté financière ou opérationnelle, avec l’objectif de les redresser. Risque élevé, expertise spécifique requise.


2. Le marché mondial et français en 2026 : un ajustement structurel

Des chiffres globaux impressionnants… mais trompeurs

À l’échelle mondiale, les investissements en private equity ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, un niveau record selon Bain & Company. Mais derrière ce chiffre global se cache une réalité plus contrastée : le nombre de transactions a baissé de 8 % sur un an. La valeur est tirée par un petit nombre de méga-opérations (supérieures à 500 millions de dollars), pendant que le marché du mid-market (PME et ETI) reste dans une phase de ralentissement.

En France, les données France Invest sont éclairantes :

  • Investissements 2024 : 26 milliards d’euros (+16 % vs 2023), finançant 2 692 projets
  • Sorties 2024 : 11,9 milliards d’euros (+57 % vs 2023), un rebond bienvenu, mais insuffisant pour résorber l’arriéré
  • Marché français total (AUM) : environ 135 milliards d’euros en 2025
  • TRI net sur 10 ans : 12,4 %/an à fin 2024, selon France Invest, une performance solide sur longue période

En 2025, le marché français a montré des signes de ralentissement supplémentaires : un peu plus de 420 acquisitions annoncées pour 23,3 milliards de dollars, soit un recul de plus de 20 % sur un an, soit un point bas depuis la crise sanitaire (source : Club Patrimoine / PwC).

Le vrai problème : les sorties bloquées

C’est la tension centrale du marché depuis 2022. À l’échelle mondiale, environ 32 500 entreprises sont détenues par des fonds de private equity, dont une part croissante est conservée bien au-delà de la durée initiale prévue. Près d’un millier d’entreprises valorisées chacune à plus d’un milliard d’euros restent en portefeuille depuis plus de six ans (PwC, fin 2025).

Les raisons de ce blocage sont structurelles :

  • La formation des prix est difficile. Les vendeurs se réfèrent encore aux valorisations de 2019 à 2022 ; les acheteurs intègrent des taux plus élevés et des perspectives de croissance moins linéaires. L’écart de valorisation paralyse les transactions.
  • Les IPO sont rares. Les marchés publics ont montré quelques signes d’ouverture en 2025 (IPO Medline à 7,2 milliards de dollars aux États-Unis), mais les introductions en Bourse restent une voie d’exception, pas la norme.
  • Le marché secondaire monte en puissance. Les cessions entre fonds (sponsor-to-sponsor), les fonds de continuation (GP-led secondaries) et les véhicules de liquidité intermédiaire représentaient plus de 15 % des sorties mondiales en 2024 et devraient continuer à progresser.

Les conséquences pour les investisseurs

Le DPI (Distributed to Paid-In), c’est à dire l’argent réellement retourné aux investisseurs par rapport aux capitaux appelés, est l’indicateur le plus parlant. Pour les fonds des millésimes 2019 à 2022, le DPI moyen s’établissait à 0,12x selon Goldman Sachs Asset Management : cela signifie que pour 1 euro appelé, seuls 12 centimes ont été effectivement redistribués.

Les investisseurs institutionnels sont « trop engagés » (over-allocated), attendent leurs remboursements plus longtemps que prévu, et doivent parfois vendre en secondaire pour honorer leurs engagements dans de nouveaux fonds.

Pour un investisseur particulier, ce contexte a une implication directe : l’horizon d’immobilisation réel peut dépasser l’horizon annoncé. C’est un risque à intégrer dès la souscription.


3. Performance réelle et comment la mesurer

Les indicateurs à maîtriser

TRI (Taux de Rendement Interne)
Mesure le rendement annualisé en tenant compte de la valeur temporelle des flux de trésorerie (appels de capitaux et distributions). C’est l’indicateur de référence, mais il est sensible au calendrier des flux : un TRI peut paraître élevé si les distributions arrivent tôt, même si la valeur finale est modeste.

MOIC (Multiple on Invested Capital)
Combien de fois l’investissement initial a été multiplié à la sortie. Un MOIC de 2,5x signifie que 100 euros investis ont rapporté 250 euros. Plus intuitif que le TRI, mais ne tient pas compte du temps.

TVPI (Total Value to Paid-In)
Valeur totale du fonds (réalisée + non réalisée) divisée par les capitaux appelés. Mesure la création de valeur brute, mais inclut la valeur non encore matérialisée par des sorties.

DPI (Distributed to Paid-In)
Argent réellement distribué divisé par les capitaux appelés. C’est l’indicateur de la performance concrète, débarrassée des valorisations théoriques. Un DPI de 1,0x signifie que l’investisseur a récupéré exactement son capital. Tout ce qui est au-delà est du gain réel.

Le conseil d’Alpha Conseils Co
Dans un cycle où les sorties sont lentes et les valorisations parfois optimistes, le DPI est l’indicateur le plus honnête de la performance d’un gérant. Privilégiez les gérants capables de montrer un DPI supérieur à 1,5x sur leurs millésimes matures.

Les biais à connaître absolument

Le biais de la courbe en J
Un fonds de private equity affiche presque toujours des performances négatives ou nulles lors des premières années : les frais de gestion sont supportés avant que les investissements ne créent de la valeur. Ce n’est pas un signal d’alarme ; c’est structurel. La performance réelle ne se lit qu’à partir de la moitié de la vie du fonds.

Le biais de valorisation
Les actifs non cotés sont valorisés par le gérant lui-même, sur la base de comparables de marché et de modèles financiers. Cette évaluation est subjective et peut retarder la reconnaissance de pertes. Contrairement aux marchés cotés, une mauvaise nouvelle ne se reflète pas instantanément dans la valeur affichée.

Le biais du survivant
Les performances agrégées publiées par l’industrie (France Invest, Preqin, etc.) sont celles des fonds qui ont survécu et communiqué leurs données. Les fonds liquidés en perte ou dont les gérants ont disparu contribuent peu aux statistiques. Le TRI moyen publié surestime donc la performance que l’investisseur moyen a réellement obtenue.

La dispersion entre gérants
Le private equity est l’une des classes d’actifs où la dispersion entre les meilleurs et les moins bons gérants est la plus forte. L’écart entre le premier quartile et le troisième quartile peut représenter 10 à 15 points de TRI annualisé (Preqin, 2024 ; Cambridge Associates). La sélection du gérant est donc le facteur déterminant, bien plus que le « timing » de marché.


4. Fonds millésimés vs fonds evergreen : l’analyse complète

C’est la question que les investisseurs posent le plus fréquemment depuis 2022. La réponse honnête est : cela dépend de votre situation, mais les deux structures ne sont pas interchangeables.

Les fonds millésimés (closed-end) : le modèle originel

Le fonds lève des capitaux pendant 12 à 24 mois, les déploie sur 3 à 5 ans, puis gère les participations et distribue progressivement les produits jusqu’à la liquidation (8 à 12 ans au total). L’investisseur ne peut pas sortir en cours de vie. C’est le modèle traditionnel, utilisé par la quasi-totalité des grands gérants institutionnels (KKR, Ardian, Eurazeo, Apax…).

Avantages :

  • Alignement parfait entre l’illiquidité de l’actif et celle du véhicule
  • Pas de risque de gate ou de suspension de rachat
  • Le gérant sait exactement combien de capital il dispose pour investir
  • Prime d’illiquidité pleine, non entamée par une poche de liquidité

Inconvénients :

  • Effet de courbe en J marqué (TRI faible ou négatif les premières années)
  • Capital immobilisé sans visibilité sur la date de retour
  • Appels de capitaux successifs difficiles à planifier pour l’investisseur

Les fonds evergreen (open-end) : la démocratisation du non-coté

Le fonds est permanent : il lève en continu, investit en continu, et offre des fenêtres de rachat périodiques (trimestrielles ou semestrielles, plafonnées à 5 % des actifs en général). Les souscriptions nouvelles diluent les porteurs existants. Une poche de liquidité (10 à 20 % des actifs) est maintenue pour honorer les rachats.

Les encours des fonds evergreen de private equity ont atteint 70 milliards de dollars en 2024 contre 11 milliards en 2021, selon notre analyse Alpha Conseils. La croissance est spectaculaire et soulève des questions légitimes.

Avantages :

  • Pas d’effet de courbe en J : le capital est investi immédiatement dans un portefeuille déjà constitué
  • Diversification naturelle entre millésimes (le fonds investit en permanence, lissant les effets de cycle)
  • Fenêtres de sortie périodiques (sous réserve des conditions de marché)
  • Ticket d’entrée généralement plus accessible (dès 10 000 euros pour certains ELTIF)

Inconvénients à ne jamais minimiser :

  • La poche de liquidité pèse sur la performance. 10 à 20 % d’actifs liquides rapportent moins que des actifs privés. Ce coût représente 1 à 2 points de rendement annuel selon notre analyse.
  • La liquidité est périodique, pas garantie. En cas de demandes de rachat dépassant le plafond trimestriel, les retraits sont limités ou suspendus (gates). La crise des BDC américains de début 2026 en est l’illustration directe.
  • La dilution des nouvelles souscriptions peut avantager ou désavantager les porteurs selon le moment de leur entrée.
  • La valorisation est plus complexe. Le fonds doit valoriser ses actifs régulièrement pour calculer la valeur liquidative (VL), avec les biais inhérents aux actifs non cotés.

Notre recommandation selon le profil

Pour un primo-investisseur en private equity :
L’evergreen est le meilleur point d’entrée. Il met le capital au travail immédiatement, évite les complexités des appels de capitaux, et offre une diversification naturelle entre millésimes. C’est une façon de prendre pied dans la classe d’actifs sans en maîtriser encore toutes les subtilités.

Pour un investisseur expérimenté avec une allocation établie :
Les fonds fermés restent le véhicule principal pour capter pleinement la prime d’illiquidité. L’evergreen y joue un rôle complémentaire utile : maintenir une allocation cible entre deux distributions, éviter que du capital reçu ne reste inactif en attente du prochain millésime.

Dans tous les cas : la qualité des actifs sous-jacents et la discipline du gérant restent les critères n°1. Un fonds evergreen avec un gérant médiocre est moins intéressant qu’un fonds fermé avec un gérant d’excellence.


5. Comment sélectionner un fonds de private equity

Les critères visibles

Le track record sur les millésimes matures
Regardez les fonds dont la vie est terminée ou avancée (pas les fonds récents dont la performance n’est que théorique). Le TRI net, le MOIC et surtout le DPI sur les fonds matures sont les seuls indicateurs fiables.

Le rythme des exits récents
Sur les 12 à 24 derniers mois, le gérant a-t-il réussi à céder des participations à des valorisations proches de ses TVPI affichées ? Un gérant incapable de sortir ses actifs en période normale devrait alerter.

La dépendance à un seul type de sortie
Un gérant trop dépendant des IPO (volatiles) ou des cessions à d’autres fonds (sponsor-to-sponsor, qui peuvent créer des valorisations circulaires) présente un risque de concentration des routes de sortie.

Le niveau d’endettement des participations (leverage)
Les LBO des millésimes 2018 à 2021 ont été réalisés dans un environnement de taux très bas. Ces entreprises portent aujourd’hui une dette dont le coût a doublé ou triplé. La capacité à servir cette dette et à maintenir les covenants est un indicateur de stress à surveiller.

La discipline sur les prix d’entrée
Les meilleurs gérants refusent des dossiers quand les prix sont trop élevés. Regardez les multiples d’acquisition historiques du gérant : un gérant discipliné sur les prix en 2021 (une année de surchauffe) vaut mieux qu’un gérant qui a surpayé ses acquisitions.

Les critères moins visibles mais déterminants

Le DPI sur les millésimes 2019 à 2022
Comme mentionné, ces millésimes affichent un DPI moyen de 0,12x (Goldman Sachs AM). Cela ne signifie pas que tous les gérants sont en difficulté, mais cela signifie que les gérants capables de montrer un DPI supérieur à la moyenne sur ces millésimes sont exceptionnels. Demandez ces chiffres systématiquement.

La qualité des co-investisseurs institutionnels
Les fonds de pension canadiens, nordiques ou américains (CPPIB, OMERS, AP-fonden) sont parmi les due diligences les plus exigeantes du marché. Leur présence dans un fonds est un signal de qualité ; pas une garantie, mais un signal.

Le comportement du gérant dans les périodes difficiles
2009, 2016, 2020 : comment le gérant a-t-il géré ses participations en stress ? A-t-il injecté du capital pour soutenir les entreprises ? A-t-il restructuré proprement ? A-t-il caché des problèmes sous des valorisations optimistes ? Les périodes difficiles révèlent la vraie qualité.

La stabilité de l’équipe
Le private equity est un métier d’équipe et de confiance. Des départs de partners clés pendant la vie d’un fonds sont un signal d’alarme sérieux.

Le point de vue d’Alpha Conseils Co
La question n’est pas « faut-il investir en private equity ? » mais « dans quel fonds ? » Un fonds du premier quartile surperforme les marchés cotés de manière significative et durable : c’est précisément ce qui justifie la complexité et l’illiquidité de l’investissement. Un fonds médian, en revanche, fait sensiblement moins bien que les marchés cotés, pour beaucoup plus de contraintes. Notre conviction : hors accès à un gérant de premier plan, les frais, l’illiquidité et l’opacité ne valent pas le rendement attendu. Ce constat fait écho à celui que nous dressons sur les rétrocessions des SCPI et sur les frais cachés des produits structurés, où les mêmes mécaniques d’opacité tarifaire s’observent. C’est précisément pourquoi la sélection indépendante des gérants, sans influence d’une rétrocession de commission, est le service le plus utile qu’un CIF peut rendre à ses clients.

6. Comment accéder au private equity en France

Pourquoi les grands gérants s’ouvrent-ils aux particuliers ?
La réponse est simple : la base institutionnelle traditionnelle (fonds de pension, fondations, assureurs) est sur-allouée. Après une décennie de collecte record, ces investisseurs ont atteint leurs plafonds d’allocation aux actifs privés et attendent leurs distributions avant de réengager. Les grands gérants (KKR, Blackstone, Ardian) se sont donc tournés vers le marché retail, dont les encours représentent plusieurs dizaines de milliers de milliards d’euros encore peu exposés au non-coté.

Ce mouvement est structurel, pas conjoncturel. Il explique l’émergence des ELTIF 2.0, la prolifération des fonds evergreen à ticket réduit, et la pression réglementaire pour ouvrir les PER et l’assurance vie aux actifs privés. Pour l’investisseur particulier, cela signifie une offre plus large et un besoin de sélection plus rigoureuse que jamais, face à des produits dont la qualité est très inégale.

Les enveloppes disponibles

L’assurance vie (notamment luxembourgeoise)
L’assurance vie luxembourgeoise permet d’accéder à des FPCI et SLP de qualité institutionnelle dans un cadre fiscal favorable (triangle de sécurité luxembourgeois, fiscalité AV française à la sortie). C’est le cadre privilégié pour des allocations significatives (au-delà de 125 000 euros en règle générale).

Les ELTIF 2.0
Depuis 2024, les fonds européens de long terme (ELTIF 2.0) sont accessibles aux particuliers à partir de 10 000 euros sans condition de qualification professionnelle. Plusieurs grands gérants (Ardian, Eurazeo, Tikehau) proposent désormais des ELTIF de private equity en format evergreen.

Les FCPR (Fonds Communs de Placement à Risque)
Véhicules de droit français, accessibles à partir de quelques milliers d’euros pour les FCPR « grand public » éligibles au PEA-PME. Attention : les FCPR fiscaux (FCPI, FIP) sont souvent marketing-driven et doivent être sélectionnés avec la même rigueur que les fonds institutionnels.

Les FPCI (Fonds Professionnels de Capital Investissement)
Réservés aux investisseurs professionnels (ticket minimum 100 000 euros). Accès à la gamme institutionnelle complète, en direct ou via l’assurance vie luxembourgeoise.

Le Plan d’Épargne Retraite (PER)
Certains ELTIF et FCPR sont éligibles au PER, ajoutant une déductibilité fiscale sur les versements. L’horizon long du PER (jusqu’à la retraite) est bien aligné avec la durée d’un fonds de private equity.

Tableau comparatif des structures

VéhiculeTicket min.LiquiditéFiscalitéProfil
FCPR grand public / ELTIF 2.01 000 à 10 000 €Selon fonds (fermé ou evergreen)AV, PER, CTOInvestisseur débutant
FPCI100 000 €Bloqué (8 à 12 ans)CTO, AV LuxInvestisseur averti
SLP100 000 €Limitée (selon conditions)CTO, AV LuxInvestisseur professionnel
AV Luxembourgeoise (FID)125 000 €Selon actifs sous-jacentsAVHNWI

Fiscalité du private equity : ce qui change selon le véhicule

La fiscalité applicable dépend entièrement du véhicule par lequel vous accédez au private equity, pas de la classe d’actifs elle-même.

Via l’assurance vie ou le PER (ELTIF 2.0) : les plus-values sont soumises à la fiscalité de l’enveloppe, pas à celle du sous-jacent. En assurance vie, après 8 ans, l’abattement annuel (4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple) s’applique normalement. C’est souvent la voie la plus efficiente fiscalement pour des montants inférieurs à 500 000 euros.

Via un FPCI en direct : les distributions et plus-values sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (flat tax), sauf option pour le barème progressif si elle est favorable. Aucun avantage fiscal lié au véhicule lui-même.

Via le PEA-PME : l’exonération d’impôt sur les plus-values après 5 ans de détention est un avantage réel, mais le plafond de versement (225 000 euros) et les contraintes d’éligibilité des fonds limitent l’usage en pratique.

Via l’assurance vie luxembourgeoise : même logique que l’assurance vie française pour la fiscalité à la sortie, avec en plus la neutralité fiscale pendant la vie du contrat en cas d’arbitrages. Particulièrement pertinent pour des patrimoines importants avec une allocation en fonds dédiés ou en unités de compte institutionnelles.

Le choix du véhicule est donc une décision fiscale et patrimoniale à part entière, distincte du choix du fonds lui-même. C’est souvent là que l’accompagnement d’un conseiller financier indépendant apporte le plus de valeur, précisément parce qu’il n’a aucune raison de privilégier une enveloppe plutôt qu’une autre. Cette logique d’alignement renvoie directement au modèle de rémunération du conseil patrimonial, qui détermine si le conseiller est neutre ou incité à orienter le choix d’enveloppe.

7. Pour qui, et quelle allocation ?

Profil compatible

Le private equity est adapté à un investisseur qui accepte un horizon d’au moins 8 à 10 ans sur la poche concernée et n’a pas besoin de ces capitaux pour faire face à des besoins prévisibles. En pratique, trois situations se distinguent :

En dessous de 500 000 euros de patrimoine financier : un portefeuille diversifié d’actions et d’obligations offre déjà une exposition large aux marchés. L’immobilisation d’une poche en private equity est rarement justifiée à ce stade.

Entre 500 000 et 2 millions d’euros : la question centrale est l’horizon de blocage réel. Les aléas de vie (divorce, succession, besoin de liquidité imprévu) peuvent rendre une sortie anticipée coûteuse. Si l’horizon est clairement dégagé, une allocation modeste (5 à 10 %) peut se justifier via un ELTIF evergreen.

Au-delà de 2 millions d’euros : la classe d’actifs s’intègre naturellement dans une allocation long terme. La vraie question n’est plus l’adéquation mais la sélection : quel gérant, quel millésime, quelle enveloppe fiscale.

Allocation recommandée

Les grands fonds de pension allouent généralement 15 à 30 % de leurs actifs au private equity. Pour un investisseur particulier, une allocation de 5 % à 15 % de la poche financière mobilisable sur 8+ ans constitue un point de départ raisonnable, à intégrer dans une allocation d’actifs construite sans biais commercial.

Cette allocation devrait idéalement être construite progressivement sur plusieurs millésimes (3 à 5 ans) pour lisser les effets de cycle. Une entrée unique sur un seul millésime expose l’investisseur au « timing risk », le risque d’avoir investi juste avant un retournement.

La relation avec la dette privée : private equity et dette privée sont complémentaires dans une allocation en actifs privés. La dette privée génère des revenus réguliers (coupons) avec une protection en capital supérieure ; le private equity capte la création de valeur mais sans revenu intermédiaire. Pour un investisseur souhaitant une allocation en actifs privés de 10 % à 15 %, une répartition entre les deux classes permet d’équilibrer rendement courant et potentiel de plus-value.


8. Avertissements réglementaires et risques à ne pas minimiser

Le private equity est une classe d’actifs à haut risque. Les points suivants doivent être compris et acceptés avant tout investissement.

Risque de perte en capital : il n’existe aucune garantie de capital en private equity. Certaines participations peuvent être cédées à perte, voire perdre la totalité de leur valeur en cas de faillite. Un fonds diversifié atténue ce risque, mais ne l’élimine pas.

Risque de liquidité : dans un fonds fermé, le capital est intégralement bloqué jusqu’à la liquidation. Dans un fonds evergreen, les rachats sont limités et peuvent être suspendus en cas de stress de marché. L’investisseur ne peut en aucun cas compter sur la possibilité de sortir à une date prédéfinie.

Risque de durée : la durée réelle d’un fonds peut dépasser la durée annoncée. Dans le contexte actuel de sorties lentes, des prolongations de 1 à 3 ans sont fréquentes et légales sous réserve de l’accord des investisseurs.

Risque de valorisation : les actifs non cotés sont valorisés périodiquement par le gérant sur la base de modèles. Cette valorisation peut différer significativement du prix auquel l’actif serait effectivement cédé. La valeur affichée n’est pas la valeur de marché.

Risque de concentration gérant : contrairement aux fonds d’actions cotées, la performance d’un fonds de private equity dépend très fortement de l’équipe de gestion spécifique. Un changement d’équipe ou de stratégie en cours de vie peut affecter significativement les résultats.

Risque de levier : les LBO utilisent la dette pour financer les acquisitions. Si les entreprises ne génèrent pas les flux de trésorerie attendus, le service de la dette peut fragiliser voire entraîner la faillite des participations. Dans un environnement de taux élevés, ce risque est plus élevé que dans la décennie précédente.

Risque de change : de nombreux fonds investissent dans des entreprises hors zone euro. Les fluctuations de change peuvent affecter les performances en euros.

Information réglementaire : conformément à la réglementation MIF2 et aux obligations du statut de Conseiller en Investissement Financier indépendant (CIF), tout investissement en private equity doit faire l’objet d’une analyse de l’adéquation avec la situation patrimoniale, les objectifs et le profil de risque de l’investisseur. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.


Glossaire du private equity

A à E

Add-on (acquisition complémentaire) : acquisition d’une entreprise plus petite par une participation existante du fonds, pour accélérer sa croissance externe. Stratégie de « buy-and-build ».

Appel de capitaux (capital call) : dans un fonds fermé, le gérant « appelle » les capitaux engagés progressivement, au fur et à mesure des investissements. L’investisseur s’engage à libérer ces capitaux dans un délai court (10 à 15 jours en général) quand le gérant les demande.

Carried Interest : part des plus-values perçue par le gérant (le GP) au-delà d’un rendement minimal garanti aux investisseurs (le hurdle rate). Généralement fixée à 20 % des gains au-delà du hurdle. C’est le principal mécanisme d’alignement d’intérêts entre le gérant et les investisseurs.

Continuation fund (fonds de continuation) : fonds créé par un GP pour conserver des actifs qu’il ne peut ou ne veut pas céder au terme d’un fonds, en offrant une liquidité partielle aux anciens investisseurs. Mécanisme en forte croissance depuis 2022 face à la rareté des sorties.

Courbe en J : représentation graphique de la performance d’un fonds fermé dans le temps. Les premières années sont en territoire négatif (frais non compensés, capital non investi), avant une remontée progressive au fil des créations de valeur et des sorties.

DPI (Distributed to Paid-In) : ratio entre les distributions effectivement versées aux investisseurs et les capitaux appelés. C’est la mesure de performance la plus concrète. DPI > 1,0x signifie que l’investisseur a récupéré son capital.

Dry Powder : capitaux levés par un fonds mais pas encore investis, en attente d’opportunités.

EBITDA : bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement. Mesure centrale pour évaluer la valorisation et la capacité de remboursement d’une entreprise en LBO.

ELTIF (European Long-Term Investment Fund) : fonds européen de long terme, accessible depuis 2024 aux particuliers dès 10 000 euros en format ELTIF 2.0.

Engagement (commitment) : montant total promis par un investisseur à un fonds fermé. Cet engagement n’est pas immédiatement versé ; il est libéré progressivement via les appels de capitaux.

Evergreen : fonds permanent, ouvert en continu aux souscriptions et aux rachats périodiques (plafonnés). S’oppose au fonds fermé (closed-end).

F à M

FCPR (Fonds Commun de Placement à Risque) : véhicule de droit français pour l’investissement en capital-investissement. Les FCPI et FIP sont des sous-catégories à avantages fiscaux.

FPCI (Fonds Professionnel de Capital Investissement) : véhicule réglementé français réservé aux investisseurs professionnels (ticket minimum 100 000 euros).

Gate : mécanisme de plafonnement des rachats dans un fonds evergreen. Quand les demandes de sortie dépassent le plafond, les investisseurs ne sont remboursés qu’à hauteur de ce plafond.

GP (General Partner) : le gestionnaire du fonds, qui prend les décisions d’investissement et perçoit le carried interest. S’oppose au LP.

Hurdle Rate : taux de rendement minimal que le fonds doit délivrer aux LP avant que le GP commence à percevoir le carried interest. Typiquement 8 % par an.

LBO (Leveraged Buy-Out) : rachat d’entreprise financé par un mélange de fonds propres et de dette bancaire ou obligataire. Le levier amplifie les rendements en cas de succès et les pertes en cas d’échec.

LP (Limited Partner) : investisseur dans un fonds de private equity. Sa responsabilité est limitée à son engagement.

Millésime (vintage) : année de création ou de premier investissement d’un fonds. Comme pour le vin, le millésime influence fortement la performance selon les conditions de marché à l’entrée et à la sortie.

MOIC (Multiple on Invested Capital) : multiple de l’investissement initial. Un MOIC de 2,5x signifie que 1 euro investi a rapporté 2,50 euros.

S à U

Secondary (marché secondaire) : cession d’une participation dans un fonds de private equity avant sa liquidation, de LP à LP. Permet d’offrir une liquidité intermédiaire dans une classe d’actifs structurellement illiquide.

TRI (Taux de Rendement Interne) : rendement annualisé d’un investissement tenant compte de la valeur temporelle des flux.

TVPI (Total Value to Paid-In) : valeur totale (réalisée + non réalisée) divisée par les capitaux appelés. Mesure la performance brute incluant les valorisations non encore matérialisées par des ventes.


Ce qu’il faut retenir

Le private equity désigne des prises de participation dans des entreprises non cotées en Bourse. Les quatre grandes stratégies sont le capital-risque (venture capital), le capital-développement (growth equity), le capital-transmission (buyout/LBO) et le capital-retournement. En France, le TRI net historique du secteur s’établit à 12,4 %/an sur dix ans selon France Invest, une surperformance structurelle par rapport aux marchés cotés.

Le marché traverse depuis 2022 une phase d’ajustement : sorties ralenties, valorisations sous pression, DPI moyen des millésimes 2019 à 2022 à 0,12x. Ce contexte ne remet pas en cause la pertinence long terme de la classe d’actifs, mais impose une sélection de gérants plus rigoureuse que jamais. Le DPI est l’indicateur de performance le plus fiable.

Sur la question fonds evergreen vs fonds millésimés : l’evergreen est le meilleur point d’entrée pour les primo-investisseurs (pas de courbe en J, diversification immédiate, ticket accessible). Pour les investisseurs expérimentés, les fonds fermés restent le véhicule principal pour capter la prime d’illiquidité pleine, l’evergreen jouant un rôle complémentaire. Dans tous les cas, la liquidité des fonds evergreen est périodique et plafonnée ; elle peut être suspendue en cas de stress de marché.

En France, l’accès se fait via les ELTIF 2.0 (dès 10 000 euros), les FPCI (dès 100 000 euros) et l’assurance vie luxembourgeoise. La classe d’actifs est adaptée à des investisseurs avec un horizon de 8 à 10 ans minimum, sans besoin de liquidité sur la poche concernée, et capables d’assumer un risque de perte en capital. Une allocation de 5 % à 15 % de la poche financière long terme constitue un point de départ raisonnable.

Private equity et dette privée sont complémentaires : la dette privée génère des revenus courants avec une meilleure protection en capital ; le private equity capte la création de valeur à long terme. Combiner les deux dans une allocation d’actifs privés optimise le rapport rendement/risque.

Claire Bourgeois, CIF indépendant, ORIAS n°240 087 55, ANACOFI-CIF n°E011082
Alpha Conseils Co, 9 avenue de Villiers, 75017 Paris


FAQ — Questions fréquentes sur le private equity

Qu’est-ce que le private equity ?
Le private equity (ou capital-investissement) désigne des prises de participation au capital d’entreprises non cotées en Bourse. Un fonds de private equity lève des capitaux auprès d’investisseurs, acquiert des entreprises cibles, les développe activement, puis les cède avec une plus-value plusieurs années plus tard.

Quels sont les rendements attendus du private equity en 2026 ?
Sur longue période, le private equity français affiche un TRI net de 12,4 %/an sur dix ans (France Invest, fin 2024). Selon Pitchbook et Opale Capital, les investisseurs peuvent raisonnablement viser un TRI entre 4 % et 14 % selon le gérant et le millésime, avec des fonds d’exception dépassant 20 %. Ces niveaux ne sont ni garantis ni généralisables ; la dispersion entre gérants est très forte.

Quelle différence entre un fonds evergreen et un fonds fermé en private equity ?
Un fonds fermé (millésimé) a une durée de vie définie (8 à 12 ans) et le capital est bloqué jusqu’à la liquidation. Il capte pleinement la prime d’illiquidité. Un fonds evergreen est permanent, accessible en continu, avec des fenêtres de rachat périodiques plafonnées, mais cette liquidité n’est pas garantie et peut être suspendue en cas de pression sur les rachats.

Le private equity est-il risqué ?
Oui. Les risques principaux sont : perte en capital (aucune garantie), illiquidité (capital bloqué de 8 à 12 ans dans un fonds fermé), valorisation subjective des actifs, risque de levier dans les LBO, et très forte dépendance à la qualité du gérant. C’est une classe d’actifs à haut risque, réservée aux investisseurs capables d’en assumer les conséquences.

Comment investir dans le private equity en France ?
Les principales voies sont les ELTIF 2.0 (accessibles dès 10 000 euros, éligibles assurance vie et PER), les FPCI réservés aux investisseurs avertis (dès 100 000 euros), et l’assurance vie luxembourgeoise pour des allocations institutionnelles. Le choix dépend du montant, de l’horizon et de la situation fiscale.

Qu’est-ce que le DPI et pourquoi est-il important ?
Le DPI (Distributed to Paid-In) mesure l’argent réellement distribué aux investisseurs par rapport aux capitaux appelés. C’est l’indicateur le plus honnête de la performance réelle d’un gérant, car il exclut les valorisations théoriques non encore matérialisées. Un DPI supérieur à 1,5x sur les millésimes matures est le signal d’un gérant capable de concrétiser ses créations de valeur.

Private equity ou dette privée : lequel choisir ?
Les deux sont complémentaires. La dette privée génère des revenus courants réguliers (coupons) avec une protection en capital supérieure ; le private equity vise la création de valeur à long terme sans revenu intermédiaire. Pour un investisseur souhaitant s’exposer aux marchés privés, combiner les deux permet d’équilibrer rendement courant et potentiel de plus-value.

Pour aller plus loin

Pour approfondir les sujets abordés dans cet article, consultez nos autres décryptages : la dette privée, classe d’actifs complémentaire au private equity, l’assurance vie luxembourgeoise, cadre privilégié pour accéder aux actifs privés, et notre méthodologie d’allocation d’actifs. Pour comprendre notre modèle économique, consultez notre grille d’honoraires et notre politique de transparence ainsi que notre méthode d’accompagnement patrimonial.

Consultez également nos fiches glossaire : Private Equity, Frais de Gestion, Frais et Conseil Financier Indépendant.

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Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Tout investissement en capital-investissement comporte des risques, dont un risque de perte totale du capital. Conformément à la réglementation MIF2, toute recommandation est précédée d’une analyse de la situation patrimoniale, des objectifs et du profil de risque du client. Pour une analyse adaptée à votre situation, prenez contact avec Alpha Conseils Co.

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